Swollen Shoot: Le mal qui menace la cacaoyère ivoirienne

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Un cacaoyer

 L'économie de la Côte d'Ivoire repose sur l'agriculture ; une agriculture qui continue de dépendre en grande partie du cacao. En effet, le cacao contribue à plus de 10% dans la formation du PIB et génère près de 40 % des recettes d'exportation. Malheureusement, une grave maladie appelée Swollen Shoot menace gravement la cacaoculture ivoirienne. Au regard de la gravité de la situation, il est à craindre que si rien n'est fait pour limiter son impact, cette maladie pourrait s'étendre très rapidement. Ce qui risque d’affecter le volume de la production et la durabilité de la culture du cacao en Côte d’Ivoire.

Comment se présente la maladie ?
Le Swollen Shoot est une maladie virale du cacaoyer. Elle a été découverte en 2003 dans la région de Bouaflé, plus précisément dans le village de Petit-Gohitafla, par les agents de Anader lors de leurs visites.

C’est une maladie du gonflement des rameaux (ce qui justifie le nom de Swollen Shoot) qui a pour agent pathogène un virus transmis et transporté par un insecte: la cochenille (puceron) par simple piqûre. Trois principaux symptômes sont en effet associés au développement de la maladie : le gonflement des rameaux et des racines, le jaunissement des feuilles et la déformation d'organes.

Le gonflement des rameaux, à la base, à l'extrémité ou dans l'entre nœud, est le symptôme le plus spectaculaire de la maladie attribué à cette maladie. Les symptômes foliaires sont aussi fréquents. Sur les jeunes feuilles, la maladie se manifeste par un éclaircissement le long des nervures. Sur les feuilles adultes, l'on observe un éclaircissement jaunâtre. La déformation des feuilles et des cabosses est également observée. Les arbres malades présentent, en effet, des cabosses de petite taille et de forme arrondie ; ils subissent une forte défoliation et finissent par mourir. Elle transforme le plant de cacaoyer en un arbre qui semble avoir été ravagé par un feu de brousse.

Ampleur des dégâts
Dans les départements de Sinfra et Bouaflé, où les foyers sont plus importants, les pertes de production dues à la maladie varient de 40 à 100%. Dans ces localités, plus de 8 600 ha de cacaoyers ont été détruits ou réduits à l'état de jachère, offrant ainsi un paysage de désolation. Les observations montrent aussi que dans un rayon d’environ 20 mètres autour d'un foyer, les cacaoyers, bien qu'apparemment sains, sont déjà infectés par le virus.

Comme nous avons pu le constater, à Konéfla (Sinfra), les 12 hectares de cacaoyers du vieux Konan Yao ont été dévastés par le swollen shoot. Une situation qui a semé chez ce vieux planteur une grande désolation. Et pour cause, de sa plantation de cacao il ne reste plus aujourd’hui que seulement 1 hectare. Le vieux Konan ne sachant plus à quel saint se vouer, s’est résigné à ne plus cultiver que de l’igname et du maïs.

Tout comme lui, ce sont tous les producteurs de la région qui doivent souffrir de voir le fruit de plusieurs années de dur labeur, voire de toute leur vie, qui disparaissent ainsi.

La stratégie de la lutte contre le Swollen Shoot
Pour permettre à tous les producteurs de cacao de s'informer sur le Swollen Shoot, une grande campagne de sensibilisation sera lancée. Il s'agira de messages radiodiffusés et audio visuels. « Ce sera une campagne de sensibilisation auprès des 700.000 planteurs de cacao présents dans 13 régions et établis sur trois millions d'hectares », explique Tiémoko Yo, Directeur Général du CNRA.

Cette sensibilisation va permettre à tous les acteurs de la filière de mesurer non seulement l'ampleur des dégâts dans la cacaoculture ivoirienne, mais mieux encore de réaliser le devenir d'une parcelle attaquée par le Swollen Shoot.

Des méthodes modernes d'investigations ont été mises en œuvre. Mieux, une collaboration avec une dizaine de laboratoires spécialisés dans les domaines les plus divers a déjà permis d'obtenir des résultats. « Des chercheurs Ivoiriens des instituts de recherches agronomiques, en collaboration avec leurs homologues de Montpellier en France, sont parvenus à sélectionner des variétés tolérantes au virus », avoue avec un brin de soulagement Théophile Kouassi, responsable du Fonds de développement des activités des producteurs de café cacao (FDPCC).

Comme on le voit, les autorités ivoiriennes et les chercheurs des instituts agronomiques de Côte d’Ivoire sont confrontés à un grand défi. C’est d’autant plus vrai que la culture du cacao est très stratégique en Côte d'Ivoire. La prospérité des Ivoiriens en général en dépend en grande partie.

Serge Grah

Article rédigé le 02/06/2008.
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